Rédigé le 29 mai 2012 dans RÉCITS PAR RECOUPEMENT | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
L’oiseau qui dort ne dort que d’un œil, œil qu’il a d’ailleurs vif et plutôt grand, toutes proportions regardées. L’oiseau voit le monde en couleurs, on le dit, c’est une valeur de distinction.
Et quand descendent les brumes et les voiles, quand s’épaississent les fumées, les brouillards, les vapeurs obtuses du trop chaud ou trop froid, quand s’insinue le trouble la couleur est un phare.
L’oiseau qui dort ne dort que d’un œil, il y a de quoi, la nuit autour, la nuit tout autour, révolue, enveloppante, bruyamment dilatée, la nuit quasi-stérile avec tous ses dangers, la nuit opaque, immense et ses desseins floutés, il y a de quoi, la nuit pas plus loin que son bec, la nuit tout autour du cou et pas de toit, pas de volet. L’oiseau qui dort se méfie. L’oiseau qui dort se repose aussi, par moments, c’est épuisant la méfiance. Il est cuit. L’oiseau qui dort a fait un long voyage pour arriver ici. Il est cuit. L’oiseau ne dort jamais en dehors de chez lui.
Tu racontais tes virées, tes pas de danse, tes allers, tes venues, tes va-et-vient tournés, et je pensais que la fatigue n’est pas liée à la distance mais au temps que l’on met à la parcourir.
L’oiseau qui dort ne chante pas comme d’autres espèces parleraient en dormant. On ne sait pas s’il rêve de voûtes éternelles, de forêts jaillissantes, de verts frais et de violets profonds, de jardins panoramiques aux buissons ébouriffés, d’océan de nuages, d’alcôves de brindilles et d’ouate, de lueur des sous-bois. On ne sait pas s’il rêve de gonflement d’organes, de cage thoracique, de barbes bien lissées, de parures, de parades, de préludes sans détours et bien argumentés. On ne sait pas s’il rêve de nuées croustillantes ou de larves juteuses, de récoltes écarlates, de tremplins géants ou de champ magnétique terrestre. On ne sait pas s’il rêve d’insouciance légère et de points culminants.
On ne sait pas s’il rêve, à priori il a beaucoup d’autres choses à faire.
L’oiseau qui dort attend le jour. On le dit. Personne ne dit que le jour attend l’oiseau, et pourtant c’est vrai aussi, c’est aussi vrai.
L’oiseau qui dort annonce infailliblement et sans l’ombre d’un extrême la venue prochaine d’un prochain jour. C’est la voie de la nature, le recommencement quoiqu’il arrive qui arrivera, c’est la loi de l’amplitude, toutes proportions intégrées.
L’aube est muette en ton absence. J’attrape au vol quelques souvenirs, comme ça, sans le faire exprès.
L’oiseau qui dort a du ciel à la pelle dans les pattes et des milliers de lignes au bout des plumes, horizontales, verticales, obliques, circulaires, en guirlande, en spirale ascendante ou descendante, de formes tourbillonnantes et indéterminées, des lignes à tracer et à laisser courir sur le papier.
J’écris : « Mes désirs, mes peurs, mes révoltes tournent autour de ma pensée.» J’écris : « L’envol est annoncé, l’envol est attendu, l’envol est suspendu à tous les souffles changeants de l’atmosphère.»
L’oiseau qui dort a des frissons d’ailes et le monde visible grand ouvert à sa porte.
L’oiseau qui dort s’est niché en un lieu stratégique, à la jonction des possibles, au creux du pas trop creux, tout près de la sortie, à la surface du beau.
Ce texte est né de l'échange avec Maryse Hache pour les vases communicants d'avril 2012. Je le lui dédie.
Sa lecture, que vous pouvez écouter ici, l'envole vers la lumière.
Rédigé le 27 mai 2012 dans CARNET 2, { VASES COMMUNICANTS | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Rédigé le 22 mai 2012 dans À L’ŒIL, PRESQUE NU | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Elle passe la nuit à son tour, actionnant la mécanique des circonstances. Elle passe la nuit avec ses tissages, et des jardins entre les fils, cultivant la dilatation, le rouge, le noir, les blancs intermédiaires, elle a les doigts dénoués. Elle passe la nuit dans la crinoline de ses sensations, agitant l'éventail des songes éveillés, à la croisée d'un présent éloquent et d'un passé sous silence, elle sous la tonnelle, dans les rapides, sur les glaciers, elle devant son piano. Elle est dans l’immanence, au seuil ou au climax, c’est selon le faisceau horaire, selon la nature et la perception des chronologies, selon la filiation ou l’autonomie du temps et de l’espace. Elle passe la nuit perceptible, matérielle, en nom propre, elle passe la nuit elle-même, avec ses autres au dehors et ses autres en dedans, elle et les indéniables, les soupirants, les enchanteurs, les mélodieux, elle et les sentinelles, les sans-abri, les sans-soucis, elle et les boiteux, les sprinteurs, elle et les saboteurs, les soupçonneux, les féroces, les soi-disant. La distance entre eux est sujette à variations.
Rédigé le 20 mai 2012 dans CARNET 1 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Détails du collage L'appréciation des distances (mars 2012)
Rédigé le 15 mai 2012 dans RÉCITS PAR RECOUPEMENT | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Rédigé le 10 mai 2012 dans IN TIME | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
par Jean-Christophe Cros
{ vases communicants
ARTICULATION n°3
De son corps-paysage
Elle habitait son texte tout entier
C’était une femme.
ARTICULATION n°23
Il :
« tu vois il y a une vis »
Elle :
« tu vois il y a une vie »
Il :
« l’amour se travaille à la sueur du front »
Elle :
« je n’ai plus de force, je suis épuisée. Notre amour à présent baisse la tête »
Il :
« Dieu nous a donné un corps avec des OS plus solides que la pierre »
Elle :
« Dieu nous a fait dont d’un cœur pour lancer des SOS nommés prières »
ARTICULATION n°41
Elle :
« Je gratte la page
comme je creuse la terre
Je me vois,
noyée au-dessous
quand vient la fougère »
Je suis très heureuse de recevoir cette création de Jean-Christophe Cros, dont j'aime particulièrement l'inventivité sensible. Je le remercie d'avoir accepté mon invitation, de m'avoir proposé un thème commun cher à mes yeux : l'articulation, et des matériaux nourrissants. Il accueille ma partie sur son très beau site La Boat à Idée.
Ici la liste de toutes les contributions de mai établie par Brigitte Célérier, merci à elle.
Ici la page de Liminaire dédiée aux vases communicants.
Rédigé le 04 mai 2012 dans { VASES COMMUNICANTS | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Rédigé le 11 avril 2012 dans À L’ŒIL, PRESQUE NU | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
par Maryse Hache
{ vases communicants
1E
alors quelque chose advient
un colibri sur l'épaule
l'écrire tire sur le silence
aborde au domaine mots couleurs collages
un pic-vert sur l'épaule
tu ne connaissais rien de son chiffrage
rien des épingles à cheveux
rien du vert toilé terre séquence 16
une chevêche sur l'épaule
rien des bras levés des chevaux
fenouil sauvage entre les cuisses
une tourterelle sur l'épaule
rien des arbres d'ombrage en houppier
un pipit-spioncelle sur l'épaule
II SE
près d'un vase vénus le présent partagé pose ses articulations poignet souple mimosa aux hanches bleu ciel en nos âmes et rouge-gorge à l'épaule / au creux poplité coule un miel de rivière et des abeilles butinent pieds et mains en compagnie de colibris / quel flot s'enroule autour de nos clavicules étonnées
/ vérifier le système de fixation /
je cherche une oblique d'avril ligne à angles possibles ça s'envase jacinthes et narcisses peut-être violettes et myosotis épices orgasme et encre de chine crapauds primevères et papillons accenteurs troglodytes sang et grimpereaux
dans la nuit blanche j'écris ton nom séquence 13 tout devient cinéma et c'est le vocabulaire qui nous entraîne en pas de deux il y a en moi des gestes anciens qui dansent d'enfance posé chassé posé chassé coupé pointé posé enroulé fermé dans les ailes des pélicans et le plumetis des cygnes
alors quelque chose advient .que pétales plumes et bourdons .que rose magnolia et pivoines .que roux mathilde .que vert tulipe et perroquet .que jaune jonquille et verdier .que bleu et perruche .que rouge pic épeiche .que mes anges
III S
rempart vauban avec fossés herbeux, haute accroche d'asclépiades aux murailles, crénelage, archers aux meurtrières, chevelure blonde à la croisée de la tour, faons et biches, chevreuils salpêtre et moellons, la mer, hallebardes en scintille, oriflammes, oiseau
écorce de cerisier montmorency, failles et fentes déchirées à coups d'ongle, proximité de pivoines à cétoines endormies, crinolines et jupons sous l'odeur robes humus, belle heaumière et repentailles, visages féminins enrectanglées en guimpe, oiseau
lierre qui s'accroche à façade maison, chèvrefeuille qui tourne ses longues anglaises boisées autour des palissements rouillés, vigne vierge à courtes pattes scotch qui grimpe au mur mitoyen et s'immisce en tuiles faîtières, et descelle, et soulève, et incline, camphrier des îles, où est l'entrée dans la tapisserie hortus qui donne au pays d'alice, oiseau
corde de balalaïka, boyaux des morts animaux - grâces aux bêtes nourricières sacrifiées : poules veaux bœufs poissons des vivantes rivières et eaux à vagues - lait des blanches vaches, seins gouleyants, musique à mandoline, villanelles fandangos et sardanes, palmas flamenco sol frappé comme réveil des âmes pays des ombres, oiseau
blancheur des corsages, blondeur translucide du vin muscat, rose de la cuisse-de-nymphe émue en compagnie du bleu de la pervenche, noir grumeleux du goudron, gris du zinc, terre de sienne brûlée des plaques fonte citadine, couleurs brutes électriques et publicitaires enseignes, couleur du temps et des dieux des forêts, aubépine pointillée de rose, chevelures, splendeur rousseur, oiseau
Chez les vertébrés terrestres, les cellules les plus externes de l'épiderme se kératinisent et forment la Stratum corneum (couche cornée). L'élimination de ces cellules mortes est continue ou périodique (desquamation, mues).
La couche cornée, encore très mince chez les amphibiens, se développe considérablement chez les reptiles (écailles, plaques parfois dispersées en cuirasse). Chez les vertébrés terrestres, elle engendre des griffes, ongles, des pelotes et coussinets plantaires ou palmaires, des dermatoglyphes digitaux, sabots, des cornes, des étuis cornés coiffants les becs et, chez les endothermes, des poils et des plumes.
wikipedia
Paysage composite aux tesselles : Maryse Hache
C’est un bonheur-honneur d’échanger avec Maryse Hache.
Combien de fois me suis-je arrêtée au Semenoir – quel foisonnement d’images, de sons, de sens qui interférent pour tomber juste là où ils nous saisissent, là où ils étirent l’instant, la vie et la langue à la fois.
Pour ces vases communicants, nous avons décidé d’œuvrer à un envol d’avril, avec oiseaux en vue et quelques plumes. Mon écho est allé se poser chez elle, sur cette branche.
Je la remercie de m’avoir fait ce très beau cadeau.
Auteur, plasticienne, directrice d’une compagnie artistique et clown à ses heures, Maryse Hache, outre son blog, a quelques œuvres directement accessibles en cliquant : chez publie.net, abyssal cabaret, Revue d'ici là 6, 7, et 8, et une série de textes chez les 807.
La liste de toutes les contributions d’avril a été établie par l'indispensable Brigitte Célérier qui nous gratifie également d’une lecture transervale. On peut aussi accéder aux vases par la page dédiée de Liminaire.
Rédigé le 06 avril 2012 dans { VASES COMMUNICANTS | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
Détails du collage L'atmosphère (mars 2012)
Rédigé le 02 avril 2012 dans RÉCITS PAR RECOUPEMENT | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)